Formation trading

4. Maths, risque, edge et système

🔴 · Cinq notions, dans l'ordre : l'espérance · le drawdown et le risque · la géométrie du risque en prop · construire un edge · le système avant la psychologie

Ce que tu sauras faire

Définitions

Tu n'as pas besoin de plus pour commencer. Et c'est sur ces calculs que l'IA est meilleure que nous : donne-lui ton journal de trading, demande-lui ces chiffres.

Entre parenthèses, le terme anglais : c'est celui que tu croiseras partout, dans les vidéos, les logiciels et les rapports de backtest.


Notion 1 — L'espérance

La théorie

Chaque trade, ce sont des maths exécutées. L'entrée est une probabilité conditionnelle ; la validation, des statistiques ; la taille de position, une optimisation ; le risque, une mesure.

Le jeu est binaire : le prix va soit en haut, soit en bas. Donc on ne gagne pas en ayant raison sur chaque trade. On gagne en ayant une stratégie statistiquement favorable, sur des centaines de trades.

Le chiffre qui dit ça, c'est l'espérance :

espérance = (taux de réussite × gain moyen) − (taux d'échec × perte moyenne)

Si tu ne retiens qu'une formule de toute la partie, c'est celle-là. En anglais, c'est l'expectancy.

Un trade EV+, c'est un trade dont on attend un gain moyen positif si on le répète des centaines de fois. Même s'il perd souvent ; même s'il perd celui-là. Un trade EV−, c'est l'inverse : la répétition te fait perdre, même si tu gagnes de temps en temps.

Et le seuil de rentabilité découle directement de ta cible :

seuil = 1 ÷ (1 + ratio)

À 0,5R il faut gagner 67 % du temps ; à 1R, 50 % ; à 2R, 33 % ; à 3R, 25 %.

La pratique

Le taux de réussite n'est pas la métrique reine ; l'espérance l'est.

Un jeu qui paie +120 $ 40 % du temps et −50 $ 60 % du temps, ça donne 0,40 × 120 − 0,60 × 50 = +18 $ par tentative, avant frais. Tu y perds plus souvent que tu n'y gagnes, et c'est rentable.

Joue-le. Une partie seule ne dit rien ; dix parties peuvent te mettre dans le rouge ; c'est sur des centaines que l'espérance apparaît.

Figure 15 · Le jeu à +18 $

Gain +120 $ : 40 % · Perte −50 $ : 60 %

Parties : 0Solde : 0 $Moyenne par partie : —
espérance : +18 $ par partie
Simulation aléatoire · jeu fictif

Courbe de démonstration · joue pour lancer tes propres tirages.

  1. 01Une partie

    Une partie ne dit rien.

  2. 02Dix parties

    Dix parties peuvent finir dans le rouge.

  3. 03Des centaines

    Sur des centaines, la moyenne se rapproche de +18 $.

  4. 04L'espérance

    C'est l'espérance : tu perds plus souvent que tu ne gagnes, et c'est rentable

Schéma pédagogique fictif · les vignettes s’allument avec l’animation

La probabilité conditionnelle, c'est l'amélioration la plus négligée. Un setup qui gagne 55 % du temps en général peut gagner nettement plus dans un contexte précis : dans la tendance, sur une zone, avec une confirmation. C'est exactement ce que font tes confluences de la partie 3 ; chacune est une condition. Ces 55 % sont un exemple : le seul chiffre qui compte, c'est celui de ton setup, mesuré dans ton journal.

Et un moyen simple de voir si un résultat est solide : compare la moyenne et la médiane. Un seul très gros gain déplace la moyenne, pas la médiane. Si les deux sont très différentes, c'est qu'un trade exceptionnel fait tout ton résultat.

L'espérance dit combien tu gagnes en moyenne. Elle ne dit pas quand. Avec un edge réel, tu peux quand même enchaîner les pertes ; l'espérance, c'est ta conviction, la variance, c'est ton risque.


Notion 2 — Le drawdown et le risque

La théorie

Tu as un edge. Combien de temps, et jusqu'où, tu peux perdre avec ?

C'est le drawdown. Et le piège, c'est de croire que ton pire drawdown passé est le pire possible.

Prends tes 100 derniers trades et mélange-les dans un autre ordre, des milliers de fois : c'est le Monte Carlo. Même edge, mêmes trades, et pourtant certains ordres donnent un drawdown bien plus profond que celui que tu as vécu. Tu as eu de la chance sur l'ordre, disons.

Donc ton drawdown passé n'est pas un maximum ; traite-le comme un minimum.

La pratique

Un stop et une cible, c'est le minimum. Un trade sans stop et sans cible n'a pas de gestion du risque.

Raisonne par séance, pas seulement par trade. « 2 % par trade », ça ne veut rien dire sans la fréquence : à 20 trades par jour, tu peux perdre 40 % dans la journée. Fixe plutôt une perte max par séance (1 à 3 %), et arrête-toi quand elle est atteinte. Et plus de trades dans une journée ≠ plus de performance ; c'est faux.

Déplacer ton stop change la probabilité du trade. Remonter ton stop au prix d'entrée (break-even, BE), c'est accepter moins de recul ; le trade a moins de chances d'aller au bout. Pour neutraliser le risque sans toucher au stop, tu peux couper une partie de la position quand elle est gagnante, juste assez pour qu'un retour au stop ne coûte plus rien.

Moyenner à la baisse, c'est un trade de prière. Racheter à chaque baisse parce que tu refuses de sortir, ça multiplie le risque prévu. Ça marche 7 ou 8 fois sur 10 ; la fois où le prix ne se retourne pas, tu perds tout. Entrer en plusieurs fois n'est sain que si tout est décidé avant : les niveaux, la taille totale et le stop.

Risque fixe ou risque qui suit ton capital ? Deux façons de compter ton R :

Pendant une période de variance (une série de pertes), la deuxième façon freine toute seule : plus tu perds, moins tu risques, et ton drawdown est moins profond. C'est important, parce qu'un trou se remonte plus difficilement qu'il ne se creuse : perdre 20 % demande +25 % pour revenir, perdre 50 % demande +100 %. Avec un risque fixe en montant, tu risques pareil sur un compte qui fond ; le trou se creuse plus vite, et il est plus dur à remonter.


Notion 3 — La géométrie du risque en prop

La théorie

Une prop firm n'est pas le marché : tu trades des règles qu'une autre entreprise t'impose. Le but n'est donc pas de gagner le plus possible ; c'est de passer l'objectif avant de toucher la limite de perte. Et pour ça, la variance compte autant que l'espérance.

Prends une évaluation typique : objectif +3 000 $, perte max 2 000 $ depuis le plus haut du compte. Trois traders ont exactement la même espérance, +0,2R par trade, mais pas le même profil :

Risque par trade60 % de réussite, cible 1R40 % de réussite, cible 2R24 % de réussite, cible 4R
500 $62 % passent45 % passent37 % passent
250 $85 % passent59 % passent43 % passent
100 $100 % passent90 % passent65 % passent

Calcul, pas mesure : 100 000 évaluations simulées par case, en supposant le taux de réussite connu et les trades indépendants. Dans la réalité, tu ne connais ton taux de réussite qu'à peu près (voir l'encadré de la notion 4).

La pratique

Deux choses à en tirer.

Même espérance, résultats très différents. Le « sniper » qui vise 4R gagne rarement ; ses séries de pertes arrivent avant l'objectif. En évaluation, un taux de réussite élevé avec une cible modérée passe plus souvent.

Et réduire le risque par trade, c'est le levier le plus puissant. Le prix à payer, c'est le temps : à 100 $ par trade, le premier profil met environ 150 trades pour passer, contre une quinzaine à 500 $.

D'où le problème du « 1 % par trade ». Sur ton propre compte, 1 % du capital, ça se tient. En prop, 1 % d'un compte de 50 000 $, c'est 500 $ ; mais ce que tu peux vraiment perdre, c'est la limite de 2 000 $. Tu risques donc 25 % de ta marge à chaque trade : quatre pertes d'affilée et c'est fini. Le risque se calcule sur ce que tu peux perdre, pas sur la taille affichée du compte.

Le conseil d'un trader, que je partage : risquer environ 4 % de la limite de perte par trade. Sur une limite de 2 500 $, ça fait 100 $ ; dix pertes d'affilée te coûtent 40 %, et tu es encore là. À 10 % par trade, les mêmes dix pertes te sortent. Et elles arrivent : avec un taux de réussite autour de 50 %, une série de 8 pertes d'affilée est normale sur 300 trades. Autre règle de lui : si ton stop doit être énorme pour que le trade ait du sens, tu passes ou tu attends un meilleur prix. Le stop n'est pas un paramètre à régler ; c'est un symptôme de ton entrée.

Une fois le compte financé, l'objectif change : il ne s'agit plus de passer, mais de retirer l'argent, vite. La prop firm elle-même est un risque ; elle peut changer ses règles ou ne pas payer. Tu retires, tu ne laisses pas grossir le compte chez elle.


Notion 4 — Construire un edge

La théorie

Si tu comprends ce qui se passe, et ce qui a des chances de se passer, t'auras un edge. Pour autant, ça se traduit par des patterns ; si tu sais identifier et exploiter les patterns, ça peut être un edge également.

L'analyse technique nous renvoie à trois types de stratégies :

Tout le reste, ce sont des dérivés et des appellations différentes. Personnellement, je me concentre majoritairement sur le mean reversion et les pullbacks.

L'environnement compte : en range, on privilégie le mean reversion aux extrêmes ; en tendance, on peut jouer les cassures pour accompagner le mouvement. C'est l'équilibre et le déséquilibre de la partie 3.

Ce qui compose une stratégie, ce sont des confluences, en trois familles : tendance / zone / confirmation.

Imagine une équation simple : un trade parfait vaut 3 points, et chaque confluence rapporte 1 point. Un trade dans la tendance, sur une zone, avec une confirmation : 3 points, c'est un bon trade. Maintenant, si tu estimes qu'une zone vaut 2 points et que la tendance vaut 0, tu peux te retrouver avec une stratégie basée sur des confirmations dans des zones, et avoir quand même de bons trades.

Figure 16 · L'équation du trade parfait
Tendance1 pointZone0 pointsConfirmation0 points1/3Tendance1 pointZone1 pointConfirmation0 points2/3Tendance1 pointZone1 pointConfirmation1 point3/3 · trade parfaitTendance0 pointsZone2 pointsConfirmation1 point3/3 · trade parfaitUne stratégie de confirmations dans des zones
  1. 01Tendance +1

    La tendance apporte le premier point : 1/3.

  2. 02Zone +1

    La zone apporte un deuxième point : 2/3.

  3. 03Confirmation +1

    Les trois critères sont réunis : 3/3, trade parfait.

  4. 04Autre barème

    Tendance 0, Zone 2, Confirmation 1 : 3/3 aussi. Une stratégie de confirmations dans des zones.

Schéma pédagogique fictif · les vignettes s’allument avec l’animation

Un POI est une zone. Un POC est un niveau qui peut servir de zone pour renvoyer le prix, tout autant qu'un niveau de Fibonacci quelconque. Peu importe la forme ou le fond de la confluence ; ce qui compte, c'est si ça marche ou non. Et ça, ce sont les statistiques de ton edge qui le disent.

La pratique

De la logique et du backtest. Jamais de « oh tiens j'aime bien, ça paraît logique ».

Le raisonnement découle de l'expérience, et on trade un edge, donc un avantage statistique qui découle d'un raisonnement ; pas qui sort du chapeau.

  1. Écris pourquoi ça devrait marcher, avant de tester. Quel comportement du marché tu captures, qui tu exploites. Par exemple : des vendeurs trapped, tu passes long, tu paries sur la hausse forcée par leur sortie (partie 3). Ça évite de tester des idées au hasard jusqu'à tomber sur une qui colle au passé.
  2. Écris ta stratégie en « si… alors… ». « Si le prix fait A au niveau B avec la confirmation C, j'entre avec un risque D. » Par exemple : si le prix forme un marteau en 15 minutes sur l'ouverture du jour, avec deux fois le volume habituel, j'entre avec 1 % de risque. C'est exactement le format à donner à une IA pour qu'elle teste ta stratégie (partie 1).
  3. Backteste, minimum 300 trades avant de trader en réel. Sinon, tu te brûles les doigts et tu perds des sous. Et plus de backtest = plus de performance, parce que plus de confiance ; tu vois mieux.

Ce qui ne se backteste pas, dis-le. Les pivots, par exemple : quand ils tombent sur un cluster existant, ça ajoute disons 10 % de probabilité que la zone tienne, mentalement. Mentalement. Ce n'est pas un chiffre mesuré, et ce n'est pas un outil indispensable.

Une même stratégie varie selon la classe d'actifs (FX, indices, obligations, cryptos), la volatilité et le contexte. Ça se débat ; ça se backteste. Un pro a d'ailleurs un portefeuille de stratégies, pas une seule : si elles ne perdent pas en même temps, leurs drawdowns se compensent en partie, et la courbe est plus lisse pour le même rendement. Unir des confluences qui te plaisent peut créer une stratégie.

Il y a deux styles :

DiscrétionnaireSystématique
CommentJugement en temps réel, cas par casRègles écrites, suivies avec constance
Testable ?DifficilementOui : c'est là que vont les backtests
À quoi il sertExplorer : apprendre le raisonnement et les subtilitésTrader une stratégie mécanique, mesurable

Commence systématique. Le discrétionnaire sert à comprendre ; le systématique, à trader. Tu ajouteras une couche de jugement seulement si ton journal prouve qu'elle améliore tes résultats.

Enfin, un système testé fonctionne tant que ses conditions de test restent vraies (non-stationnarité). Tu sais qu'elles ne le sont plus parce que tu continues de mesurer.


Notion 5 — Le système avant la psychologie

La théorie

Il y a une possibilité non nulle qu'on soit notre propre démon. Si on accuse la psychologie, on se laisse la possibilité de rentrer dans un cercle vicieux : de la pression, des actions insensées qui génèrent de la pression, des doutes sur la psychologie…

Un système ne doute pas.

Le trading, c'est une histoire de maths ; autant exploiter ces mathématiques comme on peut. Voire même, notre système va nous faire rentrer dans un cercle vertueux : confiance aux chiffres, des scénarios plus clairs, donc une meilleure exécution…

On peut être défaillant. On sera fatigué, on aura peur, on voudra se refaire. Un bon système, bien fait, suffit, à condition de lui obéir.

Le basculement est mental : passer de « ce trade va-t-il gagner ? » à « ce setup a-t-il une espérance positive ? ». Le hasard d'un trade compte beaucoup moins quand tu joues un edge sur des centaines de trades. Une perte n'est plus une erreur ; une règle non respectée, si.

La pratique

Penser en systèmes, en processus mécaniques, clairs, dès maintenant : à mon sens, c'est le meilleur conseil que je peux te donner.

Tes règles viennent de tes chiffres. Ce ne sont pas des principes copiés, c'est de la data : tu regardes ton journal et tu en tires des règles. Par exemple : pas de trading fatigué ; arrêt après 3 % de perte dans la journée ; pas de séance de plus de 3 heures si tes derniers trades des longues séances perdent. Tes règles ne seront pas celles d'un autre.

Et tu peux aller plus loin : construis-toi un outil qui applique tes process. J'ai un indicateur qui m'affiche les gros acheteurs et vendeurs sous forme de bulles, et un signal quand il y a absorption + volume + delta fort. Ça me donne un biais automatisé, au lieu de devoir réfléchir à chaque fois à ce qui se passe. Et vu que ce sont mes processus, je peux relativement lui faire confiance. Rien de complexe : juste du backtest, et savoir utiliser l'IA.

L'objectif n'est pas le système le plus complexe. C'est un système assez clair pour être testé, assez strict pour te donner un retour honnête, et assez souple pour s'améliorer.

Erreurs fréquentes :

Transition vers la partie suivante

Ton système lit ce qui se passe sur le graphique. Pour autant, le prix réagit aussi à des acteurs qu'on ne voit pas sur un graphique : ceux qui achètent à chaque paie quoi qu’il arrive, ceux qui suivent la tendance, ceux qui couvrent des options. Ils sont dans la même enchère que toi ; autant savoir qui ils sont. C'est la partie 5.


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